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Dans la structuration des stratégies de réduction des émissions de carbone et dans le cadre de l’Accord de Paris qui évoque le seuil de +2°C préférentiellement +1,5°C , deux dates sont apparues rapidement comme des dates cibles, calant les objectifs de baisse de d’empreinte carbone en général en 2030, puis de neutralité carbone en 2050,. Je pensais initialement que la raison était liée au temps nécessaire à l’Industrie pour mettre en place ses actions. Oui, mais pas que. Les raisons sont aussi liées à l’évolution du climat analysé par le biais des modélisations qui mettent en perspectives les changements de température, et autres variables climatiques (cycle de l’eau etc.) depuis la période préindustrielle (fin du 19e siècle).*

Le graphique ci- dessous, publié par le cabinet Carbone 4 (JM Jancovici) est parfaitement éclairant. Ce graphique, représenté dans la figure 1, donne l’évolution de la température atmosphérique (°C) en fonction du temps depuis l’ère préindustrielle (1850). On distingue une première période dite historique, qui couvre les années 1850 à 2023 (courbes noire et grise) et qui correspond à l’évolution mesurée des températures (en noir épais) et leur simulations par les modèles de climat (spaghetti gris). A partir de 2023 et jusqu’à 2100, sont représentées en courbes de couleur les évolutions simulées de la température, en fonction des différents scénarii de décarbonation.

Figure 1 : Évolutions de la température atmosphérique mesurée et calculée pour différents scenarii de décarbonatation, entre 1850 et 2010.

À partir de la fin de la période historique (en noir), on peut identifier trois périodes dont les dates limites correspondent aux dates retenues pour les objectifs de décarbonation, à savoir :

Période 1 – 2023 à 2040 : toutes les courbes simulées sont superposées et ce quelque soit le scénario de réduction carbone. Cela signifie l’évolution du climat dans les 20 prochaines années est le résultat du cumul des émissions passées ! Les impacts de la décarbonation ne sont pas discernables et le deviennent à partir du moment où la neutralité carbone est atteinte (ssp1). L’inertie du réchauffement n’est pas due à l’inertie du système climatique mais à l’inertie des société humaine à atteindre la neutralité carbone. Il faut du temps (au plus tôt 2050) pour l’atteindre, sachant que c’est la date de la neutralité carbone qui conditionne la stabilisation du réchauffement à un niveau donné.

Période 2 – 2040 à 2050 : les courbes d’évolution de la température montrent un début de différenciation dont le contraste entre les valeurs maxi dans le cadre d’un scenario émetteur et mini (neutralité carbone atteinte en 2025) peut atteindre tout de même 1°C.

Période 3 – après 2050 : la divergence des courbes de température est très nette, selon les scenarii d ;émission de gaz à effet de serre.. A l’échéance de 2100, l’écart maximal entre les scenarii peut atteindre 5°C entre un scenario sans décarbonation et celui ou la neutralité carbone est atteinte en 2050 !
On pourra noter que ces deux scenarios « extrêmes » sont en fait peu probables car il est illusoire d’arriver à la neutralité carbone en 2050 pour le plus bas en température, et illusoire de multiplier par 3 nos émissions actuelles (ssp5-8.5) alors que nous sommes plutôt en direction d’une stabilisation lente des émissions au niveau actuel (ssp2-4.5).

Par conséquent :

⦁ Même avec une mise en place de scenarii de décarbonation à partir de 2023, la température va monter à cause de l’inertie sociétale à atteindre la neutralité carbone,

⦁ Après 2050, les températures continueront de monter avec un taux d’accroissement qui dépendra des dispositions de décarbonation mises en place dès aujourd’hui puisque le niveau de réchauffement dépend du cumul des émissions dans l’atmosphère !
Il y a donc une urgence certaine à mettre en place les scenarii de décarbonation les plus ambitieux si l’on veut être au rendez-vous des températures en 2050 et pour tous les co-bénéfices sociaux et écologiques (écosystèmes, agriculture etc.) associées.
Les données récentes de mise à jour de l’évolution de la température (Foster et al, 2025) montrent que le climat se réchauffe à un rythme cohérent avec les prévisions données par les sciences du climat, c’est-à-dire avec un rythme de l’ordre de 1,5°C :

Figure 2 : Séries chronologiques pour chaque méthode d’attribution utilisée dans l’évaluation actualisée des contributions au réchauffement, exprimées en termes de température moyenne mondiale à la surface (GMST). Les panaches colorés correspondent aux contributions au réchauffement ventilées par forçages naturels (Nat), gaz à effet de serre bien mélangés (GES) et autres forçages anthropiques (OHF). Le réchauffement total d’origine humaine (Ant) est donc la somme des contributions des GES et des OHF.

Conclusion

Sans vouloir tomber dans le catastrophisme, les modélisations du climat nous montrent que l’inertie des effets et des humains à atteindre la neutralité carbone justifient les objectifs de date pour la réduction carbone : 2030 et 2050.

Les évolutions prévues par les modélisations nous incitent très fortement à mettre en place dès à présent les dispositions de réduction d’empreinte carbone en tant que moyen qui doivent nécessairement entrer dans le cadre plus large du changement climatique par « des changements fondamentaux dans le fonctionnement de la société, les modes de vie, y compris des changements dans les valeurs sous-jacentes, les visions du monde, les idéologies, les structures sociales, les systèmes politiques et économiques, et les relations de pouvoir » préconisés par le GIEC .

Crédits

Figure 1 : JM Jancovici (2020) « Il était une fois l’énergie, le climat, et la relance post-covid » – Conférence EIVP 2020.

Figure 2 : extrait de Foster, P.M. et al. (2025) Earth Syst. Sci. Data, 17, 2641–2680,
https://doi.org/10.5194/essd-17-2641-2025

Merci à Christophe Cassou (Laboratoire de Météorologie Dynamique/Institut Pierre-Simon Laplace, CNRS, École Normale Supérieure/Université PSL, Paris, France & CECI, Université de Toulouse, CERFACS, CNRS, Toulouse, France) pour la relecture attentive de cet épisode.

Consulter l’épisode 1 en PDF :